dimanche, 04 mai 2008
Réussir un documentaire animalier.
Le documentaire animalier, c’est un genre unique basé sur l’approche et l’observation. Ce genre repose sur des codes précis. La règle d’or du réalisateur et de toute l’équipe de tournage est de ne jamais intervenir. La règle d’or du diffuseur, la chaîne de télévision, est de récupérer un maximum de scènes d’accouplement d’animaux, et surtout de morts affreuses. À la demande des annonceurs. Cette équation n’est plus à démontrer : cul + hémoglobine + larmes = audimat = vente pub = pognon = production de pleins de documentaires animaliers et achat de Porsches. Qui eut cru que chez les grands de la consommation, on croisait régulièrement les doigts pour qu’un éléphanteau se fasse trépaner.
Je vous explique la technique bien rodée à mettre en œuvre si vous souhaitez tourner un docu sur les bestioles et surtout le vendre au grand Satan de la publicité télévision. Les fondamentaux. Déjà, il vous faut une voix-off. Voix masculine (féminine c'est devenu trop encré GPS dans le subconscient collectif. "Dans 100 mètres, tournez à droite au troupeau de girafes"), grave, un peu sensuelle. Très accrocheuse. Si André Dussolier est disponible, engagez le. Ensuite, un décors qui sorte le téléspectateur blasé de son salon Ikéa. Afrique, Amérique du Sud, Asie. Le Vercors est moins vendeur. Puis, trouvez des bêtes. Plein. Dégotez le bébé animal le plus mignon qu’il soit. Zébre, gnou, antilope, éléphant, lion, singe… Baptisez le Poumba, ou Kevin, ou Pandora, ou Eugène. Créez l’empathie chez le téléspectateur. Attendrissez votre cœur de cible. Donnez lui envie d’adopter un bébé gnou. Même si nous avons tous bien conscience, qu’un gnou en ville, c’est un peu un boulet. Et dès que le téléspectateur aura articulé face à son écran, la phrase : « oh il est TROP mignon !! », la machine est en marche. La cible est conditionnée. Donc… Butez le bébé animal. Débrouillez vous pour qu’il souffre. Beaucoup. Et que sa mort dure bien dans les deux minutes. Même que, quand on croit que c’est enfin terminé, y a encore une patte qui bouge et là, si la chose a été bien amenée, vous partez vomir vos choco pops. Comment tuer le mignon bébé animal ? Technique « chaîne alimentaire » pour les herbivores Pour tout ce qui est mort violente de bébés herbivores, munissez vous d’un prédateur affamé, type lion, guépard ou crocodile et attendez la mise en scène naturelle de la chose. Le bébé antilope sera semi bouffé par la lionne partie faire les courses. Le bébé gnou sera écartelé par un croco en traversant un fleuve sur les cadavres de ses congénères (ce qui ne retire rien au dramatique de la chose. Bien au contraire). Eugène, le bébé serpent sera emmené dans les griffes du rapace. Sauf que là tout le monde s’en fout, parce qu’un serpent, même bébé, on n’a pas envie d’en savoir trop en vie. Pour le coup, on se dit que ça en fait un de moins. Potentiel affectif faible. Ne perdez pas votre temps avec ça. NB : Les restes du cadavre de la petite bête doivent être soigneusement déchiquetés en très gros plan par une bande de vautours. Sinon c’est moins bien. Ça fonctionne aussi avec les chacals. Technique « la loi de la nature » pour tous Vous avez le choix. Mort par noyade en cas de mousson, ou encore brûlé vif si incendie, mais ma fin favorite, la plus télégénique et génératrice d'angoisses, est la mort par famine. Vous pouvez donc suivre toute la famille Eléphant ou Lion se traîner pendant des jours à la recherche d’un Mac Drive, s’affaiblir, puis s’effondrer. C’est très convivial, vous pouvez faire des paris avec vos amis ; « c’est lequel qui va crever en premier, je mise tout sur la mère, elle marche de travers », « non plutôt le petit, il n'a pas tété depuis hier ». Bref la catastrophe naturelle, ça fonctionne bien question audimat et ça permet de multiplier les cadavres dans un temps limité. Une famine, c’est presque déjà un blockbuster, sauf que je rappelle que pour un bon film US de l’été, il est primordial que le labrador du héros ne meurt pas. Butez tout ce que vous pouvez, sauf Max le chien. Ce serait une faute de goût, suis je bien claire ? Technique « pas de bol » pour les poissards. Il n’y a pas que chez les humains qu’il existe des chats noirs. Donc parfois, un bébé antilope tombe dans l’eau bêtement en faisant le malin et se noit, un petit chimpanzé fait une chute mortelle depuis un arbre après avoir regardé Spiderman II ou un lionceau fait avec un fémur de gnou ce que Bush fit avec son Bretzel… La finalité étant tout aussi dramatique. L’un a survécu, l’autre pas… Loi de la nature. Option suggérée par Médiamétrie : Vous pouvez suivre en plan large la maman qui continue à trimballer le cadavre de son petit partout avec elle pendant des jours en essayant de le faire téter. Remontées gastriques garanties. Introduction au drame. D’un point de vue narratif, afin de marquer le coup, il faut toujours précéder la scène de mort par un truc joyeux, genre « oh Mélissa la fringante zébrette joue avec ses camarades en toute innocence". Enchaînez avec l’introduction de la fausse frayeur : « Mélissa, toute à ses jeux, s’est éloignée du troupeau et a perdu sa maman. (Cris affreux, visuel du bébé perdu et affolé) Toutes les autres femelles la rejettent. Mélissa ne pourra survivre longtemps sans la protection maternelle... » Vos yeux s’embuent car merde la vie est trop dégueulasse. Vous criez devant votre télé, « À gauche Mélissa, ta mère c’est la 78ème en partant de la mare, celle avec les rayures noires et blanches !! »…Et là… miracle de la nature, la maman zébre, mue par un instinct formidable (et un bon pif); retrouve se progéniture et c’est hyper émouvant. A peine remis de cette montée lacrymale, vous vous réinstallez dans votre canapé. Surveillez que personne n’a assisté à votre affolement, puis buvez une petite bière pour vous remettre de cette frayeur (oui ça fonctionne aussi avec le vin). La caméra part dans les airs, s’éloigne de Mélissa et de sa maman, puis élargit vers les fourrés alentours et là… Vous apercevez un guépard prêt à bondir sur la petite Mélissa… Vous hurlez « Non!!!! Derrière toi !! ». Trop tard. Trucs & Astuces. : Pour un crescendo dans l’horreur, débrouillez vous pour que la maman meure également. De désespoir, ou elle aussi dévorée par un prédateur après avoir voulu protéger le cadavre de son petit des assaults de ses assassins. Vous vous assurez ainsi deux fins atroces, un acte héroïque, une quête, un suspense bouleversant, un drame familial, un fait divers scabreux, une fin tragique et une belle scène de banquet à la Astérix et Obélix. Aujourd’hui, je veux sauver Mélissa et Poumba. Pas Eugène. C’est un serpent, il n’est pas mignon, il n’a pas de poils, c’est pas pareil. Je vais aller tourner mon documentaire animalier et je vous invite à vous joindre à moi. Et personne ne crèvera. On sauvera le bébé antilope. Et on donnera de la Vittel à l’éléphant assoiffé. On atomisera les lois de la nature. On mettra fin à la loi de la chaîne alimentaire. On déséquilibrera l’ordre naturel. Nous allons être à l’origine de l’apocalypse. C’est un bon programme je trouve pour un dimanche. Et puis tiens, j’extrapole, mais tant qu’on y est; y aurait il moyen de sauver la mère de Bambi ? Freud me fait signe que c'est pas une si mauvaise idée... Edit dimanche 18H30: M6 vient d'exploiter le filon avec un superbe sujet sur la chasse des phoques (donc aussi des mignons bébés phoques). Attention ils sont très forts: il s'agit de chasse au gourdin.
12:47 Publié dans TÉLOCHE MON AMOUR | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
|
|
Facebook







Commentaires
Écrit par : Le Sushi | dimanche, 04 mai 2008
PS: putain c'est vrai il meurt? mais genre il souffre? Non me dis pas!
Écrit par : persephone | dimanche, 04 mai 2008
Je vais donc observer une journée de silence.
Écrit par : Le Sushi | dimanche, 04 mai 2008
suis sûre que bientôt y'en a qui se promèneront avec des grosses ailes de paon sur le dos!!! (certainement déjà en vente dans les magasins type Killiwatch!)
Écrit par : hello kiki | dimanche, 04 mai 2008
Tu la croit toi, Médiamétrie?
Tu veux pas essayer pour voir? Tu sais, un ptit documentaire animalier de fin de soirée. Cripté.
Oh voui voui... très crypté!!!
Un paon qui roucoule, un lion qui grogne, un loup qui hurle à la mort sa louve au coin du bois, un bonono s'essayant au kamasoutra africain, un kangourou sauteur dans le bush australien...
Tu comprends... c'est purement commercial, c'est pour la pub que je veux vendre à Animalia... faut que je rentre dans mes frais et les fins de mois sont comme qui dirait difficiles en ce moment...
Un bon ptit doc bien ficelé et bien ciblé comme tu sais faire, et hop! j'arriverai à les vendre mes déos aux effluves de panthère!!!
(Tu me dis juste quand tu comptes faire tes coupures pub, et moi, je me glisse subreptissement entre l 'enlassement du bonobo et le cri primal du gnou au aboi...)
PS: merci parce que c'est dimanche, et que tu vas finir par nous faire payer tes heures sup... (comme je suis ruinée, je te caresse dans le sens du poile jusqu'à la fin du moi...)
Écrit par : Mélusine | dimanche, 04 mai 2008
Hello Kiki et Méusine, je note cet intérêt pour les coïts d'animaux, et of course, on reparlera de la danse nuptiale.
Écrit par : persephone | lundi, 05 mai 2008
Très bon ça!
Écrit par : Luciole | lundi, 05 mai 2008
Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.