jeudi, 09 octobre 2008

Malaise.

Scénario demain, mais avant, une correspondance à la demande de Florence. Sujet délicat, pour une fois, j'ai envoyé la note pour validation. elle a validé.

Elle écrit au père de ses enfants.

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Mon amour,

Je ne sais trop par où commencer, tu me manques tellement, j'ai tant de choses à te dire, que les mots se bousculent. J'ai du mal à écrire, mon stylo tremble, foutue attelle. Les médecins m'ont dit que je pourrais enfin l'ôter dans dix jours. Mais rassure-toi, je n'ai plus mal, seulement lorsque je fais des efforts prolongé, seulement quand j'écris par exemple.

Avant toute chose, les enfants vont bien. Paul demande de tes nouvelles tous les jours, il grandit à vue d'oeil, il te ressemble, parfois quand je le regarde, je te vois, ça me fait bizarre. Eve est plus discrète, plus timide, plus effacée, un peu comme moi, mais je suis certaine que tu lui manques également, au moins autant qu'à moi. Je leur ai dit que tu étais resté à la maison, et depuis Paul me harcèle pour savoir quand on rentre! Il est têtu, comme toi....

Tout le monde m'a déconseillé de t'écrire, tu dois t'en douter. Moi, au début, je ne savais pas trop qui écouter. Ce n'est pas évident tu sais. Et puis chacun y va de son conseil, mais aucun n'est nous, aucun ne comprend l'homme que tu es, ils ne voient tous que les façades, ce qui a été porté à leurs yeux ou à leurs oreilles. Affreusement déformé souvent. Le téléphone arabe est rarement profitable à son principal sujet, les traits sont grossis et les torts aggravés Si par hasard, certains bruits arrivaient à tes oreilles, je te demande de croire que je ne suis pas l'auteur de ces rumeurs. Je n'ai jamais rien dit, tu le sais.

Car moi j'ai compris que ce n'était pas vraiment toi, qu'il y avait l'alcool bien sûr, qui te faisait perdre pied, et puis toutes ces affreuses pressions que tu subis à ton travail. Je sais que ce n'est pas facile d'être le père, le mari, l'homme. Je sais que tu fais tout cela pour ta famille, pour nous.

Mais les autres ne sont pas capables de comprendre cette passion qui nous lie. Ils ne comprennent pas le sacrifice que tu fais. La manière dont tu as été arraché à ta vie de célibataire, les deux enfants, si vite arrivés, et puis cette promotion qui t'est passée sous le nez, puis cette autre. Je sais à quel point cela a été dur pour toi, je suis également consciente de ma part de responsabilité ainsi que celle des enfants dans ta stagnation, si je puis me permettre ce mot, professionnelle. Je ferai tout pour que désormais, tu puisses te concentrer sur ta carrière dans les meilleures conditions possibles.

J'ai profité de mon séjour ici pour bien faire comprendre aux enfants à quel point le bruit pouvait être facteur de stress pour toi, je leur enseigne à ne pas te froisser mon chéri. Tu prends soin de nous, il est normal que nous en fassions de même...

Et puis j'ai pris soin de moi. Tu avais raison, je m'étais laissée aller... J'étais devenu une grosse vache vulgaire... En me voyant nue, face à un miroir, j'ai mieux compris ton sentiment. J'ai mieux compris ta répulsion. A présent je me surveille, j'ai perdu du poids, je me maquille mieux, et j'ai emprunté un peu d'argent à mes parents pour refaire ma garde-robe. Je crois que je peux te plaire à présent. Je l'espère... J'ai fait des efforts. Je sais ce que tu aimes, j'aspire à m'en rapprocher.

J'espère que tu sauras me pardonner ce départ impromptu. Je ne savais plus qui j'étais, j'étais perdue et des personnes mal intentionnées en ont profité pour me monter la tête, et m'extraire quasiment de notre domicile. Je ne dis pas que je n'ai pas pris part à ce départ, seulement, sans l'influence de ma famille, je n'aurai jamais franchi le pas.

Je suis à présent persuadée que tu avais raison les concernant, ils cherchent à m'accaparer et il semble clair que ma soeur essaie de s'attribuer la maternité de mes enfants, de nos enfants. Quelque part elle me fait plus pitié qu'autre chose, la pauvre n'a jamais connu la joie d'être mère, trop occupée à aller des bras d'un amant à un autre... C'est à présent qu'elle se réveille, seulement je lui ai signifié mon intention de ne plus la revoir, sa présence nuit à l'équilibre de notre famille.

Quant à mes parents, après m'avoir rabaissée, après t'avoir diabolisé, ils cherchent à présent à gagner mes faveurs. Rien n'est assez bien pour moi et les enfants semble t il. Ainsi m'ont ils carrément proposé de m'offrir un appartement dans une nouvelle ville, à condition que cette dernière se trouve à plus de 400 km de toi. Te rends tu compte du point qu'ils ont atteint. Je ne supporte plus de les entendre te critiquer. Ils ne peuvent pas comprendre. Ils ne sont pas nous. Alors à eux aussi j'ai expliqué que ma nouvelle vie ne les incluaient pas. J'ai vu mon père pleurer pour la première fois. Des larmes de crocodile sans nul doute, des larmes de rage uniquement car il a perdu son petit combat du moment. Une croisière et tout cela sera vite oublié.

Je t'aime. Je voudrais qu'on oublie tout et qu'on reparte à zéro. Comme on dit, on efface l'ardoise et on recommence.

Je te demande de nous accepter les enfants et moi.

Donne moi de tes nouvelles, tu me manques. Je l'ai déjà dit, mais c'est tellement vrai, cette pensée m'obsède, il n'existe plus que cela. Je rentre bientôt, le rhinoplasticien me prend la semaine prochaine, tu devrais me récupérer comme tu m'as aimée, il m'a dit qu'après l'opération je ressemblerai à avant... Il m'a fait rêver....

Je t'aime c'est la seule vérité. J'espère que tu me pardonneras ma trahison, mon départ. Je pense réussir à te rendre heureux, laisse nous une nouvelle chance, je te promets de tout faire pour devenir la femme que tu aimeras.

Je t'embrasse mon amour.

Florence.

Commentaires

"J'aime les choses et les gens qui peuvent le plus me faire souffrir!" Je crois que c'est de Sagan.

Écrit par : Colinas | jeudi, 09 octobre 2008

Oui, c'est tout à fait cela... chienne de vie.

Écrit par : Perséphone | jeudi, 09 octobre 2008

Sérieux, je me suis rarement senti aussi mal à l'aise en lisant un billet. Le titre est d'une rare lucidité pour le coup. Totale empathie avec le genre féminin quand il fait ce qu'il ne faut pas faire, quand il ressent ce qu'il ne faut pas ressentir... il est un poil effrayant ton texte.

Mais je crois que ce qui l'est encore plus c'est ce "j'ai envoyé la note pour validation. elle a validé."
Mais heu... enfin... c'est du passé pour elle, ou bien... c'est chaud quoi, nan ?

Écrit par : blabFab | jeudi, 09 octobre 2008

Cette femme, florence, court à sa perte, c'est évident.
Elle a besoin d'aide.

Si c'est une fiction, alors bravo; C'est bluffant.

j'espère que c'est une fiction, excellement mise en scène. Sinon...

Écrit par : nana de noailles | jeudi, 09 octobre 2008

blabFab, oui c'est assez dérangeant comme sujet. cela dit elle l'a peut etre bien cherché hein. je me remets immédiatement le prix de la blague la plus déplacée du mois d'octobre 2008.

Nana de noailles, fiction ou réalité, je ne lèverai pas le voile. mais des florence, il y en a beaucoup quand on regarde bien.

Écrit par : Perséphone | jeudi, 09 octobre 2008

j'ai croisé une Florence aux urgences il y a une semaine ... et elle ... elle avait croisé la porte de son frigo ...

Écrit par : between ze sky et l'enfer | vendredi, 10 octobre 2008

Ta blague n'en est malheureusement pas une, tu ne crois pas si bien dire.
Une expérience récente outre atlantique a démontré qu'une majorité de femmes battues (je n'ai pas dit toutes, hein, mais une majorité), étaient naturellement attirées de nouveau par des hommes violents.

Écrit par : nana de noailles | vendredi, 10 octobre 2008

between, oui les frigo sont de gros enfoirés. moi j'fais toujours gaffe quand je traverse ma cuisine.

nana de noailles, absolument, elles recréent le schéma encore et encore, c'est... perturbant.

Écrit par : Perséphone | vendredi, 10 octobre 2008

Ce qui est dur, c'est qu'on se dit qu'on ne peut pas sauver quelqu'un.
Pas seulement des autres, pas seulement d'un mari qui frappe.
Mais d'elle même.
Tu regardes la personne en face et tu dis :
Je veux te sauver, mais tu ne me laisse pas te sauver.
Je ne peux pas te sauver de toi.
Je ne peux pas te sauver malgré toi.
C'est dur.

Écrit par : liliiom | vendredi, 10 octobre 2008

Liliiom, oui c'est dur, mais effectivement, il n'y a pas grand chose à faire à part regarder la personne flinguer sa vie (et celle de ses gosses!) comme les vaches regardent passer les trains...

Écrit par : Perséphone | vendredi, 10 octobre 2008

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