jeudi, 30 avril 2009
Peur
J'vais mourir mec, il est 6 heures du matin, j'ressemble à rien dans mon entrée, tordue vers le miroir penché, à contempler la mort installée sur ma peau à l'arrière de ma cuisse, cette tâche brune, petite, presque mignonne, presque banale, mais non, c'est la mort, je le sais, je le vois, elle me fixe, elle n'est pas benine, la pute.
Non mais c'est certain, je ne sais même pas s'il est encore utile d'aller voir un dermatologue, peut-être devrais je directement me constituer prisonnière au service de cancérologie de Cochin ou pour m'éviter ces ennuis cliniques pré-mortem, envisager de me laisser mourir. Oh oui, mourir au milieu des miens, quelle jolie idée. Ou plutôt non, car ce sera pénible, ces yeux embués, ces faux espoirs, le balais des adieux, alors je vais en finir. tout de suite, oui maintenant c'est une bonne idée je sens ce grain de beauté - quel cynisme- enfler, menacer, brûler ma chair dans laquelle il s'est incrusté. Si vite. Hier encore j'étais en bonne santé, hier encore, mon avenir se prélassait sur des dizaines d'années.
Mais merde j'vais crever mais j'ai pas envie, j'ai encore rien fait! Ben ouais j'ai traîné les pieds, mais parce qu'on a le temps non? Non on ne l'a plus, on l'avait et on ne l'a plus, il est parti. Connard. Mais j'ai rien fait de ma vie, j'ai glandé plus que bossé, emmerdé plus que ravi, fait pleurer plus que rire, cherché plus qu'aimé. J'peux pas crever maintenant, c'est dégueulasse, je vous jure, j'ai un potentiel, suffit que je m'y mette, laissez moi encore quelques années, quelques mois, donnez moi du temps. Allez!
Non putain je vais en finir maintenant, je refuse de lancer le compte à rebours de ma fin, ok j'en termine. Je brise ce miroir, lui qui a osé m'annoncer la lugubre nouvelle, je le fracasse cet enfoiré et je me coupe les veines avec un large morceau, un peu pointu. Je tranche dans mes poignets, en croix, comme me l'ont enseigné les téléfilms de M6 puis... C'est ennuyeux, je ne peux aller me mettre en scène dans ma baignoire, je ne peux avoir de mort romantique car j'ai malheureusement troqué le réceptacle de mon cadavre élégant contre une douche fort confortable mais peu propice à accueillir un corps théâtralement bien mis. Alors je pourrais faire ça sur mon lit oui mais..... si je me vide de mon sang sur le matelas, alors ce dernier sera jeté, c'est vrai, c'est irrécupérable un matelas imbibé de litres de sang, alors on le balancerai, ce truc puant et dégueulasse, dans une déchetterie, ainsi une partie de moi finirait aux ordures. Je refuse.
Si j'avais ma baignoire, je mourrais sereine, mon sang partirait, certes dans les égouts, mais d'une, ces derniers ont un certain charme finalement pour que le cinéma les ai si souvent mis en scène, de deux, ma mort aurait été recyclée dans une usine de traitement des eaux usées, et avec un peu de chance, j'aurai ainsi pu repartir alimenter indéfiniment les cuvettes de chiottes des masses. Mais je n'ai pas de baignoire.
Alors je me laisse tomber sur le sol, sur cette moquette immonde, ce premier prix de chez mondial moquette d'une laideur et d'un inconfort rare, mon corps me lâche, il supporte mal la nouvelle de ma disparition, je cogne ma cuisse malade sur ce tissu rêche, je la frotte, je cultive l'utopie, celle de faire disparaitre mon mélanome, de recouvrer la vie, de revenir meilleure que jamais, d'aimer, d'être aimée, d'être reconnue, de me surpasser. J'écorche avec rage cette peau malade, qui sait si la maladie n'a pas déjà atteint tout le corps, que le grain de mort n'est que le symptome d'un déjà trop tard. Je ne veux pas qu'un médecin me débite, les yeux bas, que "si la maladie avait été prise à temps, nous aurions pu faire quelque chose mais... blablabla". Mais merde, non! Je veux pas crever, on arrête de déconner, stop, on reprend, je vis moi!
Et je frotte ma jambe, je voudrais l'arracher ce malin, et je me demande si je dois laisser des lettres aux gens que j'aime. Oui, je dois écrire avant de disparaitre à tout jamais, créer un truc fort, neuf, vrai, vivant, immortel. Un putain de truc mec. Je réunis mes forces, stimule mon courage et me redresse enfin pour me diriger vers mon bureau et coucher mes superbes vérités, je ne peux m'empêcher de jeter un ultime coup d'oeil à cette tâche de mauvaise augure à l'arrière de ma cuisse... ce mélanome malin. Je me retourne d'un coup, je descends mon regard sur lui, je le... je.... ah... Il est plus là. Hum... ça devait être du chocolat... Parce que je me suis endormie sur un morceau hier soir... Je... Hum. Excusez moi, je me sens un peu con, j'ai peut être paniqué un peu vite.
Bon ben poutoux, à demain.
15:19 Publié dans PSYCHO DE CON COUARD | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Commentaires
vous devriez apprendre à manger proprement.
Écrit par : sds | jeudi, 30 avril 2009
Écrit par : Perséphone | jeudi, 30 avril 2009
Ce n'est pas sale...
Écrit par : Gallïane | jeudi, 30 avril 2009
Écrit par : domi | jeudi, 30 avril 2009
Tenez, pour changer, une petite boîte Origine Pierre Hermé de 12 macarons chocolats…
# p o u f #
Écrit par : imposture | jeudi, 30 avril 2009
Mais parlons un peu ... vous aussi vous aimiez faire semblant d'être morte étant enfant, ou était-ce juste que vous aimiez avoir du coulis de framboise au coin des lèvres ? (en fait c'était le dernier chapitre de la sexweek ...celui sur le sadisme!)
Écrit par : Nekkonezumi | jeudi, 30 avril 2009
Je suis dans le traitement des eaux, et tout le bordel !
J'ai déjà assez d'emmerdes (ou de merdes, ça dépend ton point de vue) comme ça pour avoir un bout de toi dans mon boulot !
Non non et non !
Attends, la grippe porcine arrive !
En parlant de ça, j'ai des courbatures, des frissons : JE VAIS MOURIR !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Écrit par : Sophie | vendredi, 01 mai 2009
Écrit par : oopsy | vendredi, 01 mai 2009
domi, oh putain non mais fallait pas... bon ben bon we hein...
imposture, oh tu me flattes, merci pour les macarons!
Nekkonezumi, oh oui parlons! dois je m'allonger sur le sofa?
Sophie, non mais j'ai un don pour faire chier les gens!
oopsy, ah ouais... vais repenser la chose alors
Écrit par : Perséphone | vendredi, 01 mai 2009
Écrit par : Nekkonezumi | vendredi, 01 mai 2009
pis après je me suis demandée si ce serait pas une bonne idée de proposer ma (sublime) baignoire en location pour les suicidaires à douche, genre un forfait tout compris, avec dernier repas, confession, tout le toutim. mais j'ai un peu réfléchi (ça m'arrive parfois quand j'arrête de boire) et j'ai réalisé que je ne saurais pas quoi faire des corps des clients après. et ça doit fouetter sévère, un cadavre, même exsangue. j'ai pas d'acide, pas de bateau pour jeter les sacs poubelle dans le gulf stream comme le gentil dexter, et puis surtout j'ai une vieille du dessus assez curieuse. tant pis, j'abandonne l'idée. c'est ballot, il doit y avoir de la demande dans le métier (yé yé), et pis je t'aurais fait un prix.
et sinon, j'ai une vieille paire de lunettes qui traîne, je te l'envoie ?
Écrit par : laurette | mardi, 05 mai 2009
Écrit par : Perséphone | mardi, 05 mai 2009
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