samedi, 30 mai 2009

L'insoutenable puanteur de la claustrophobie

Ce matin, entendons nous déjà sur la définition du mot matin. J'appelle matin les quatre heures immédiatement consécutives à mon réveil. Il y a donc le matin de 5h, celui de 10h, mais ne négligeons pas celui de 13h et encore moins celui de 17h. Ce matin donc, je sors de chez moi, munie de lingettes antibactériennes, après avoir été alertée la veille par celui qui pose des questions pour éviter d'avoir à répondre à d'autres, que mon scooter avait été souillé par un volatile de type rat volant. Un putain de pigeon oui. D'un autre côté, j'ai garé mon bleu destrier sous ce qui est, semble t il, l'arbre à accouplement des pigeons de la porte d'Auteuil, autant vous dire qu'Horacio Caine et ses équipes auraient fort à faire s'ils venaient à effectuer des prélèvements organiques autours de ce... ce quoi? Tilleul maybe, qui point fièrement face à mon immeuble. Je me traîne donc dans mon couloir, appelle l'ascenseur qui ne vient pas. Je pourrais me laisser glisser en bas des trois étages assez simplement en emprutant l'escalier, seulement mon corps a pour mission de se mouvoir en faisant intervenir un minimum de muscles ce matin, mon cerveau a validé ce fait.

Nous attendons donc, tous les trois, ma tête, mon corps et moi, que la bête d'acier arrive. Nous attendons comme si nous n'étions pas mortels, comme si nous pourrions récupérer plus tard ces quatre longues minutes passées à fixer des portes de fer mal peintes d'un beige assez laid. La machine se décide enfin à s'arrêter face à moi, les portes s'ouvrent, il y a déjà deux personnes et un clébard là dedans. Je marmonne un bonjour, ne reçoit qu'un écho, celui du mec, les bonnes femmes ayant ici pour consigne de ne jamais saluer bipède femelle plus jeune qu'elles. Étant la seule jeune (hormis la nympho du 7ème, ma voisine de palier vietnamienne folle, et l'allemande alcoolique du 1er), je n'ai pas souvent entendu de salutations féminines à mon attention depuis les quelques quatre années que je vis ici. M'en carre, j'aime pas trop les femelles de toute façon. Moins je communique avec elles, mieux je me porte, je les trouve souvent tellement stupides.

Cette bonne femme donc, est une chose sans âge, sale, puante, le cheveu rare et mal coloré, les traits gris et fripés par trop d'années de clope, de gin et d'été à Saint Tropez, elle est accompagnée de ce clebs que Bart tient en horreur. Dois je vous rappeler que Bart a développé une aversion pour les chiens de petites tailles? Il aime les grands, surtout les femelles, labradors si possible, sable, et obèses, déjà mères, à mamelles pendantes donc. Oui, Bart est un chien mais avant tout un mâle; il apprécie les grandes blondes plantureuses un peu vulgos. Je ne lui connais que deux amis de petite taille (comme lui donc, mais si un jour vous veniez à le rencontrer, ayez la délicatesse de ne pas lui faire remarquer qu'il n'est qu'une misérable saucisse à pattes, il entâme sa 13ème année de négation), une jack russel qui lui a consciencieusement léché les parties un matin de printemps (le Bart est fort couillu) et un kern terrier avec lequel il vécu sa première expérience homosexuelle, sur le tard, exploit renouvelé deux fois les années suivantes (pour pas mourir con s'était il justifié, moi je lui avais dit, ne te justifie pas mon coeur, tous les hommes tentent ça à un moment donné, souvent autour de la cinquantaine, y a pas mort de chien tu sais doudou, faut tester pour aimer ou abandonner). Enfin Bart n'est pas là, il roucoule en Touraine avec sa femme justement, Roxanne, la fameuse labrador sable obèse qui est folle de lui et de son petit corps gras de saucisse. Le Bart est un sacré veinard

La vieille pue, son chien aussi, c'est un Westie tu sais le foutu clebs que tout le monde avait acheté à l'époque, à cause de la pub César, les gens sont cons. L'autre est un gars qui a fait une émission de télé réalité il y a quelques années, Opération séduction sur M6, un mec pas mal, enfin pas mon genre du tout, dont le but de l'existence semble désormais de cacher une calvitie naissante (enfin grandissante), et de m'offrir un défilé de lunettes de soleil quotidien. Ce mec semble triste, tu m'étonnes, v'là le fardeau, il a fait le cake avec des putes sur un bateau pendant 3 semaines, depuis il paye, ça fait cher le coup de soleil, et le coup de b***. Moi parfois, j'ai envie de lui dire, tu sais darling, les seules calvities qui gênent les femmes sont celles que vous tentez de dissimuler à grands renforts de longues mèches, assume babe. Et puis, la calvitie est l'apanage des hommes fortement hormonés, au sang chaud, c'est une information à ne pas négliger, on appelle ça un atout.

Je suis donc là, entre ma vieille qui pue, son chien qui pue, le mec qui lui, est tombé dans le flacon de Farenheit, et ces trois étages de descente sont les plus longs jamais chronométrés dans toute l'histoire de la descente d'ascenseur. Le zéro libérateur apparaît enfin en diodes rouges sur fond noir, la machine se stoppe. Et c'est tout. Les portes ne s'ouvrent pas.

J'appuie sur le bouton un peu nerveusement, rien. Le mec essaie d'ouvrir les portes à la main, rien. La vieille, elle ne fait rien, elle se contente de dégager son odeur pestilentielle du fond de l'ascenseur. Alors je suggère que nous remontions au premier pour y descendre et vaquer chacun, à l'air libre, freedom etc. Mais l'ascenseur ne semble plus réagir à aucune injonction Alors nous gueulons un coup. Deux coups. Trois coups. Puis j'entends enfin la voix du mari de la concierge, qui nous annonce que c'est normal, qu'il faut rester calme, que la société de dépannage va venir, que nous ne sommes finalement pas au rez de chaussé mais coincés entre deux étages, et qu'il faut rester calme.

IL FAUT RESTER CALME. Il l'a dit deux fois.

C'est en entendant la répétition de cette phrase que j'ai commencé à paniquer. Impossible de respirer, sensation que ma gorge enflait, picotements dans les mains, points noirs devant les yeux. Je ne suis pas tombée dans les pommes, seulement maintenue debout par la peur de me retrouver à hauteur de langue du chien en semi décomposition.

Vingt minutes plus tard, la chose s'est comme par miracle débloquée, nous avons pu sortir à l'air libre, c'est là que nous avons pleinement pris conscience de l'odeur dans laquelle nous baignions. Le mec et moi, on a bien ri, il est sympathique finalement, mais il m'aurait fallu dix minutes d'intimité supplémentaire pour lui confier que son cache calvitie ne plaidait pas en sa faveur. Quand à la vieille et son chien, ils ont disparu dehors, toujours sans un mot, empester les rues de Paris.

Je crois que je vais brûler les fringues que je portais ce matin.

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Commentaires

Buh, tu viens de polluer (dans la joie) mon matin de 12h20, je sens les odeurs d'ici! Tu es possédée par l'esprit de J.B. Grenouille?

Écrit par : Nekkonezumi | samedi, 30 mai 2009

Souvenir voisin lors d'un déménagement. Coincé plaqué entre les parois de la cabine, une montagne de cartons et un gros déménageur. Et on avait déjà remué le frigo, la machine à laver, les bibliothèques indémontables, quelques caisses de livres et disques… Il faisait chaud. Des hommes qui font des efforts. C'était l'été. Un week-end… Le bonheur quoi…

Nekkonezumi > "Le parfum" était un des nombreux projets sur lequel travaillait Kubrick après "Full Metal Jacket" (avec son maudit Napoléon…). Dommage. J'avais beaucoup aimé le bouquin…

Écrit par : imposture | samedi, 30 mai 2009

faut voire le bon coté le chose, une rencontre calvitieuse avec une star de la télé c'est tout ce qu'il te faut.... Toi qui voulait déménager, t'as peut etre moyen de faire des économies et en plus t'auras une meilleur vue...

Écrit par : rodolphe | samedi, 30 mai 2009

La pince à linge.

Écrit par : Axel Nader | dimanche, 31 mai 2009

De la supériorité de la maison individuelle sur le collectif peuplé de rombières. J'apprécie plus que jamais ma ville-campagne.

Écrit par : Pitou G | dimanche, 31 mai 2009

nekkonemuzi, c'est fort possible que je sois possédée oui.... vais méditer (qu'est ce que je médite cette semaine)

imposture, je sens poindre une excitation sous ce court récit. alors les gros déménageurs en sueur, comme ça, ça te..?

rodolphe, ah non mais là c'est de la star cheap, à une époque, j'avais toute la real tv dans mon quartier. Avec la crise ils ont certainement du déménager!

Axel Nader, normalement, j'en ai toujours une dans mon sac à main, ça m'apprendra

Pitou G, ah mais je suis bien d'accord... moi il me suffit d'une maison dans Paris. bon, j'vais commencer à mettre des tunes de côté...

Écrit par : Perséphone | dimanche, 31 mai 2009

Perséphone > ??? Non mais je rêve… ?#@+*$$ !!

Écrit par : imposture | dimanche, 31 mai 2009

hihi (non mais hihi, tu vois le niveau)

Écrit par : Perséphone | dimanche, 31 mai 2009

Chaustro myself, je comprends.
Je ne prends jamais les ascenceurs, même à l'hôpital.
Je ne m'enferme jamais dans une pièce.
La vie est dure =/

Écrit par : Sophie | lundi, 01 juin 2009

Serieux, la calvitie c'est sexy?
(oui, c'est pour me rassurer...!)

Écrit par : Jerem | mercredi, 03 juin 2009

Chouette site, je vous remercie pour le partage, J'insiste, votre billet est réellement excellent

Écrit par : Villa saint tropez | vendredi, 27 août 2010

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