dimanche, 21 juin 2009
Malaise
Lorsque je suis arrivée jeudi, il m'attendait devant le portail, feignant d'être là par hasard lorsqu'enfin la voiture se parqua devant lui. J'ai bien vu dans son regard de la joie, mais il ne manifesta que froideur à mon égard, je le comprends. Je n'avais pas remis les pieds ici depuis le début du mois d'avril, plus de deux mois donc, dans son espace temps, c'est une éternité. Alors que je sortais ma valise du coffre, il se contenta de me toiser, comme s'il cherchait dans mes gestes une rédemption, comme si mon attitude devrait lui crier pardon de l'avoir négligé, alors, pour le satisfaire et pacifier nos relations au plus tôt, je voûtais un peu mes épaules, rendit ma silhouette plus malingre pour provoquer chez lui une sorte de pitié face à mon petit être dégénéré et assoiffé de sommeil serein. Il ne montra rien, et emprunta seul le chemin de la maison, sans même m'attendre.
Cela fait des années que nous nous fréquentons, je l'aime, il m'aime, j'ai l'habitude de son caractère entier, mais... même si je sais que cette ambiance style tempête de glace n'est qu'un passge obligatoire pour obtenir ensuite et inexorablement ses faveurs, j'ai toujours un doute, ce moment où je me dis, mais s'il ne me pardonnait pas d'être volage cette fois ci, je lui en ai déjà tant imposé. Si cette fois-ci était celle de trop, la fameuse goutte qui fait tout déborder.
Puis, comme d'habitude, au bout d'une demi heure de ce jeu lassant, je me suis agacée, me suis retournée vers lui et lui ai fait remarquer le ridicule de la situation. Soit il me pardonnait tout de suite, soit il ne me pardonnait jamais, marre des moitiés, marre des faux semblants, marre des attitudes punitives, alors voilà, dis moi, tout de suite, où on en est tous les deux, j'ai besoin de savoir, besoin d'avancer, et non, tu ne foutras pas en l'air mon week-end. Connard.
Il a soupiré, baissé les yeux, fait le tour de la pièce en fixant la tomette rutilante. J'ai observé son manège, un peu tendue, suspendue à sa décision que je savais imminente lorsque subitement, il a pris la tangente vers la cuisine. Furieuse de sa fuite, je l'ai suivit en vociférant, mais dis moi, dis moi, et ne fuis pas, ne sois pas un enfant. Il s'est retourné vers moi brusquement, m'a rétorqué l'oeil brillant de rage, je ne veux pas savoir ce que tu as à me dire, tu vas encore mentir, dire que Paris t'as pris tout ton temps, que tu n'as pas pu, mais tu mens, je le sais, je SAIS ce qui te retient là bas, ne me prends pas pour un con, s'il te plaît, ai au moins un minimum de respect pour me dire la vérité. Je suis prêt.
Puis il s'est assis dignement face à moi, mes yeux étaient embués, ma lèvre inférieure tremblait un peu, je n'arrivais plus à respirer, comme estomaquée par sa clairvoyance, alors, vaincue, je lui avouais;
"Oui Bart, j'ai envisagé de prendre un chat dans mon appartement à Paris..."
Lentement, il est sorti de la maison, a emprunté le petit chemin longeant la grange, a pénétré dans cette remise qui sert de débarras où il a immédiatement tenté de se suicider en allant s'étouffer dans un sac de croquettes. Notez la puissance du symbole.

10:56 Publié dans LA VIE DE BART LE CHIEN | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Commentaires
Écrit par : julien | dimanche, 21 juin 2009
Bon, donc, je trouvais l'animal mythologique mi-sac, mi-chien très amusant ... mais je reste persuadée que Pégase s'en sort mieux!
Écrit par : Nekkonezumi | dimanche, 21 juin 2009
Écrit par : Axel Nader | dimanche, 21 juin 2009
Écrit par : Abstrait ≠ Concret | dimanche, 21 juin 2009
Bravo, parce que l'haleine d'un chien, c'est pas vraiment léger, mais avec la gueule pleine de croquettes.... argh (séquence poney mort).
Écrit par : Bojemoï | lundi, 22 juin 2009
pardon...
Écrit par : Jerem | lundi, 22 juin 2009
Par contre c'est quoi ce chien on dirait un saucisson sur patte ... il peut servir à quoi?
Écrit par : lorenzo | lundi, 22 juin 2009
Nekkonemuzi, non mais ça c'est l'usage de came.
Axel Nader, non mais pour tout le reste il y a eurocard mastercard
Abstrait ≠ Concret, genre c de ma faute si mon chien est un peu trop susceptible?
Bojemoï, sache que le bart sent très bon de la bouche.
Jerem, mais non! le bart est sexyè
lorenzo, mais si je vais très bien, c'est ma vie qui est bizarre! le chien sert à plein de choses! , il dort, il mange, il parle bcp aussi
Écrit par : Perséphone | lundi, 22 juin 2009
Écrit par : Girafe Cosmique | lundi, 22 juin 2009
Écrit par : L'Hérétique | lundi, 22 juin 2009
D'où : quand on a rien à dire il vaut mieux la fermer et passer pour un con que l'ouvrir en ne laissant plus aucun doute à ce sujet (Gustave Parking)
Écrit par : domi | lundi, 22 juin 2009
l'Hérétique, moi aussi ;-)
domi, non mais internet c'est fait pour causer même quand sait plus trop ce qu'on dit. profitons en
Écrit par : Perséphone | mardi, 23 juin 2009
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