vendredi, 26 juin 2009
Et vous ça va? Un mur à rafraîchir?
Je vis dans un appartement sans charme. La bâtisse est laide, la honte du quartier, je ne la vois pas, heureusement, j'habite dedans, je renvoie la laideur mais ne la subis pas. Mon contenant, mon bocal, mon clapier, n'est certes pas minuscule, je peux m'y retourner sans peine, mais je dois néanmoins, plusieurs fois l'an, en repenser l'aménagement pour ne pas me retrouver étouffée par les expressions de mon matérialisme. Je ne m'y sens ni bien ni mal dans cet appartement, je serais heureuse de le quitter, c'est certain, mais ne chiale pas non plus chaque soir à l'idée de le rejoindre. J'y vis. Et y travaille. Accessoirement. Entre autres choses.
Le salon est grimé d'un blanc crade, la peinture est à bout de souffle depuis déjà longtemps, les murs usés, le plafond noirci, sans même parler de la décoration, inexistante, le salon est sale. Je pourrais le repeindre, le faire repeindre, mais je me dis que lorsque ces murs seront propres, beaux et neufs, je serais obligée de constater que ce ne sont pas les murs qui me posent un problème mais tout le reste, jusqu'à l'arrondissement, que je conspue, et pourtant.
Dans cet appartement, dans ce salon sale, il y a un mur particulier. Un mur blanc beige noirci, moche, sans fioritures, un laid pan de mur de quelques soixante centimètres de large. Que j'aime. Même si demain, on me repeignait mon salon, je me battrais avec le type pour qu'il laisse mon pan de mur tranquille. Il gueulerait comme un rustre trop con pour comprendre, mais madame enfin, il faut me laisser travailler, vous voyez bien qu'il est pourri ce pan de mur, je ne pourrais lui répondre, à cause de cette rage qui tétaniserait mes mâchoires, alors je le cognerais ce salaud qui voudrait violer mon pan de mur avec son rouleau de merde. Mais je ne bute pas ce crétin, parce que la gardienne l'a vu rentrer chez moi et m'y sait aussi, cette vieille chose increvable se ferait un plaisir de me faire plonger, alors non, je ne tue pas le type qui a osé vouloir profaner mon pan de mur. Il est mien ce pan, je ne peux le laisser se faire ainsi défigurer par un vulgaire bipède sans talent ni âme, ce serait le trahir, comme si je laissais cette bouffonne de Damidot lui coller un gros sticker sur le velours de sa crasse.
Alors je fixe les grains sales de peinture face à moi, le peintre est descendu prendre un café, je l'ai invité à déguerpir un quart d'heure, le temps que la haine me quitte. Et je fixe ce mur, et je repense à cette scène.
Ces petites traînées grises qui maculent le blanc crème, ce sont les traces de son liquide céphalo rachidien qui a coulé sur ce mur, je me souviens, quand j'ai éclaté son crâne de traître sur ce mur, son front a éclaté avec tant de facilité, c'en était déconcertant, alors j'avais frappé de nouveau, plus fort, tant qu'il tenait encore debout - je ne sais trop comment d'ailleurs- encore et encore. C'était tellement euphorisant de le vider de sa vie, de m'ôter le souci de sa présence dans ma sphère. Un petit morceau de son cerveau, son lobe pariétal je crois, avait sauté en l'air et était venu se déposer sur ma lèvre inférieure, j'avais passé ma langue pour le récupérer, m'en délecter, avaler la substantifique moelle de ce premier profanateur, loin d'être un peintre, lui. À moins que... ce soit mon propre cerveau que je goûte, qui pénètre à présent dans ma gorge, qui emplisse mes poumons, fasse éclater mon estomac, je ne comprends pas. Je ne comprends pas non plus quelle main me pousse vers ce mur, imprime ce rythme fatal à mon crâne, je ne comprends pas pourquoi je ne meurs pas, merde je suis disloquée, j'ai le lobe frontal qui ne sort du nez, et puis, alors qu'un de mes yeux saute hors de son orbite, je me vois enfin, grâce à ce bout de moi me faisant désormais face. C'est ma main qui me tue, avec rage, avec furie, elle éclate ce qui reste de ma tronche sur ce mur dégueulasse. Le peintre ne revient pas, c'est normal, il n'est jamais venu.
J'ai donc fermé mon oeil encore valide, arraché celui pendant au bout de son gros nerf, puis j'ai attendu que la mort me prenne, puis j'ai rouvert, j'avais recouvré la vue et mon cerveau était à nouveau en place dans ma boite crânienne, j'étais plaquée contre ce mur, mes mains fébrilement agrippées à un relief délimitant le pan adoré, je respirais. Puis je me suis assise sur le fauteuil car ma tête tournait, il m'a demandé quel son émettait le dauphin, j'ai haussé les épaules, puis ils m'ont dit Michael Jackson est décédé, j'ai répondu ça devait arriver, puis ils m'ont énuméré d'autres cadavres encore tièdes, j'ai dit mais putain cessez, je m'en cogne de ces morts là, puis ma tête a tourné, j'ai vacillé il m'a dit assied-toi, puis il m'a ordonné de rejoindre mon pan de mur, avec mon cerveau en place et mes yeux dans leurs orbites.
BREF VOUS VOYEZ BIEN QUE CE PAN DE MUR ME FAIT DISJONCTER.
Bon, sinon, franchement, jesaispluscombientième jour de Champix, je ne constate toujours aucun effet sur mon comportement, mon moral, mon cerveau en somme. Pas d'hallucination, ni de psychose, je pète la forme. De quoi parlait on? Ah.. Oui... le pan de mur...
03:01 Publié dans PSYCHO DE CON COUARD | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Commentaires
Écrit par : Nekkonezumi | vendredi, 26 juin 2009
Écrit par : Bojemoï | vendredi, 26 juin 2009
The first rule of the wall is : you do not talk about the wall.
Second rule of the wall is : You DO NOT TALK ABOUT THE WALL…
Do You Understand ??!!
- + -
3 macarons de chez Pierre, t'y vas, tu dis que c'est moi qui t'envoies…
Écrit par : imposture | vendredi, 26 juin 2009
Écrit par : gérard poussette | vendredi, 26 juin 2009
bojemoï, ah oui un tatouage, c'est une bonne idée!
imposture, ah mais oui, voilà, mais moi j'oublie toujours qu'il faut pas en causer.
gérard poussette, tain mais gérard ça va être fabuleux quand on va fêter ça, d'ailleurs étant donné que nous nous voyons dimanche soir, je me disais qu'on aurait pu commencer à fêter ton succès avec du gros rouge qui tâche.
Écrit par : Perséphone | vendredi, 26 juin 2009
Écrit par : gérard poussette | vendredi, 26 juin 2009
Écrit par : mry | vendredi, 26 juin 2009
mry, à présent que tu en parles...
Écrit par : Perséphone | vendredi, 26 juin 2009
Ca va donner dimanche soir ...
Écrit par : lorenzo | vendredi, 26 juin 2009
@ persefone : pour dimanche, je sais pas ou sait ! mais je suis daccord avec toi : ce sera trop bien !
Écrit par : gérard poussette | vendredi, 26 juin 2009
Écrit par : Nekkonezumi | vendredi, 26 juin 2009
Écrit par : gérard poussette | vendredi, 26 juin 2009
gérard, non mais dimanche soir, y a consultations gratuites à sainte anne, that's why. bon, faut cesser maintenant, hein, sinon ça va être lourd et tout, et personne ne veut que ce soit lourd n'est ce pas
nekkonemuzi, ouais...
Écrit par : Perséphone | vendredi, 26 juin 2009
Écrit par : Axel Nader | vendredi, 26 juin 2009
Écrit par : gérard poussette | vendredi, 26 juin 2009
Écrit par : Jerem | vendredi, 26 juin 2009
Écrit par : Silphi | vendredi, 26 juin 2009
Un admirateur inconnus se transforme en serial bloggeur et vient repeindre ton mur ...
Un fait divers parmis d'autres ;-)
et c'est LorenZo et pas LorenSo ;-)
Écrit par : lorenzo | vendredi, 26 juin 2009
gérard, me moquer c'est pas mon genre.
Jerem, just a little
Siplhi, ah ah, NON.
lorenzo, ah oui, faut y réfléchir.... pas bête
Écrit par : Perséphone | vendredi, 26 juin 2009
Bon sinon, pour ton mur, faudrait voir à pas trop se lamenter hein.
huhu
Écrit par : Silphi | vendredi, 26 juin 2009
Miles, si cest toi, ça devient lourdingue je vais pas checker les ip à chaque commentaire, j'ai autre chose à foutre.
Écrit par : Perséphone | vendredi, 26 juin 2009
Écrit par : Axel Nader | vendredi, 26 juin 2009
Écrit par : Miles | samedi, 27 juin 2009
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