mardi, 01 septembre 2009

Helvète underground

C'est la nausée qui me tire de la torpeur. Je suis en position foetale, dans la voiture, mais pas dans le coffre destinée à être découpée comme une vache morte, non, je suis à l'arrière, mes lombaires souffrent, je ne sens plus mes cervicales et un morceau de plastique s'est planté dans ma tempe. Le malaise donc, me force à quitter l'inconfort douloureux pour la douleur nauséeuse. Des virages, des virages et encore des virages, ce sont eux qui malmènent mon estomac fragilisé par l'ingestion rapide d'un sandwich daunat et d'un mauvais café. Alors je fixe l'horizon. mais je ne vois que des courbes, des épingles, des lacets, et des arbres, et parfois, entre les conifères, des reliefs rocailleux. Devant, quelqu'un dit, "regarde, on dirait que la montagne s'est brisée". C'est beau. En fait, ce n'est pas très beau mais mon niveau d'exigence est très bas, et je me dois de bichonner le pilote et le copilote car je ne vais pas tarder à leur demander de stopper le véhicule afin que je puisse rendre le sandwich Daunat à la nature. Puis les virages se détendent et nous arrivons à un petit poste de douane.


Nous cessons alors tous trois de respirer, coupons la musique, nous asseyons bien droit, et fixons les douaniers en arborant un air tout à fait coupable. Pourtant, nous ne le sommes en rien, mais c'est comme ça, la peur de l'uniforme, la terreur du droit de passage, ça nous donne l'impression de trimballer 12 kilos de cannabis dans le coffre. Non que nous ne souhaitions nous livrer au trafic de drogue, mais à petite échelle, c'est une activité de d'jeuns, et jeunes, nous ne le sommes plus nous a t on appris à la SNCF ce fameux jour de renouvellement de la carte 12-25 il y a de cela... Quatre années déjà. Nous passons sans encombre, respirons, crions notre joie, nous sommes trois cubains arrivés aux Etats Unis, nous venons de sauver notre peau, nous sommes ivres de bonheur, nous.... avons à nouveau la gerbe car la route dévale à présent, en tournoyant toujours, nous descendons la montagne, mais pas à cheval, ç'eut été trop laborieux pour les trois invertébrés que nous sommes et surtout où aurions nous mis les 12 kilos de résine de cannabis? Ah non, c'est vrai...

Puis les branches s'espacent pour nous laisser voir le paysage, puis le copilote, simplet, s'émerveille, "oh la mer!". C'est vrai qu'on dirait la mer, il en a la taille, la couleur, la vie. Les voiliers le sillonnent, il s'étend à perte de vue, il est d'un bleu méditerranéen, surplombé du Mont Blanc. Je dis "il", car c'est un mâle, un lac, assez viril, plutôt coquet, métrosexuel. Autour de lui, paissent les vaches qui font bling bling, celles qui portent cloches à leur cou. Bienvenue en Suisse.

C'est beau la Suisse, beau comme une carte postale de la Suisse. Même les meuh-meuh bling bling sont propres, parsemées de belles tâches marron, un beau marron, chocolat, ah le chocolat suisse...

En ce moment, on en parle beaucoup de la Suisse à cause des évasions fiscales. J'adore ce terme, je le trouve bucolique. J'imagine ces 3000 riches planqués avec des mallettes de billets sous les bienfaitrices vaches à cloches, dans cette herbe si verte, autour de ce lac si bleu sous ce mont si blanc...

Moi aussi je veux vivre dans un chalet avec un drapeau planté dans mon jardin, moi aussi je veux afficher mes couleurs, à l'américaine. Ici, beaucoup ont pavillon battant devant leur porte, leurs jolies portes de bois, jamais verrouillées, élégamment gondées sur leurs jolies maisons certies de jolies fleurs multicolores tranchant sur l'herbe si verte, autour de ce lac si bleu, sous ce... Enfin vous voyez...

Puis on ne se perd pas parce qu'il y a des panneaux qui mènent dans les bonnes directions, puis on traverse les jolis villages, tellement mignons qu'on fait abstraction de l'envie de vomir pour ne pas aller salir leur jolies bordures de routes de l'intérieur de nos organes digestifs de bleu blanc rouges.

Enfin, on arrive à l'hôtel. Les chambres sont immenses, les douches envoient des lumières disco, il y a des canards de bain qui font stroboscope, et on se dit qu'on a bien fait de pas prendre 12 kilos de shit, parce que ce qu'on voit de nos yeux vierges de toute substance dépasse de loin l'effet combiné de tous les plus puissants hallucinogènes jamais créés. Nous sommes
"under the influence" de la Suisse, c'est une drogue propre. Puis les gens sont gentils, il y a des peluches sur le lit, une cuvette de toilettes aux couleurs de leur drapeau, des bonbons haribo sur l'oreiller. C'est beau, c'est rigolo, c'est peint d'un joli bleu, c'est propre, c'est Suisse. Willy wonka devait penser à ce pays en fabriquant son usine.

Mais où est l'underground? Car la soirée se passe dans un lieu superbe, entourés de Suisses beaux et gentils, qui disent qu'ils vont revendre le cayenne pour rouler en hybride. Parce qu'ils sont très développement durable ces gens là. Eco citoyens, c'est beau, c'est propre, c'est vert. Je n'ose leur faire remarquer qu'en hiver, le chauffage de la piscine à débordement doit provoquer la mort de pas mal d'ours blancs sur la banquise, ç'eut été si français de ronchonner ainsi. J'en eus rougi, de honte, moi la bleue chez les verts.

Le service est impeccable, les serveurs charmants. Lorsque je refuse poliment une nouvelle boisson, l'homme s'affole, me propose mille cocktails, mais je reste sur ma position. J'ai alors bien pensé qu'il allait se suicider tant le déshonneur le rongeait, il y a du japonais chez les Suisses, je trouve. Je me fends ensuite d'une plaisanterie fort douteuse ayant pour thème le secret bancaire, mais si aucun ne rit de ses belles dents blanches de non fumeur, aucun ne me juge non plus, ils se contentent de faire discrètement signe au serveur de remplir ma coupe. L'homme s'approche, tremblant, il ne survivra pas à un second refus, mais cette fois-ci, je suis plus conciliante, je deviens Suisse, quand on me propose, j'accepte. Ce sont de très gentils riches, cette femme blonde qui me parle de ses très beaux enfants et notamment de la grande, si douée au golf, arbore une énorme émeraude autour de son cou gracieux, verte, si verte... pas tout à fait comme cette herbe propre que nos talons foulent, mais belle, presque aussi belle que les cloches des vaches en chocolat.

L'underground arrive. En 6 cylindres.

Pas si tard, car tout cet air chargé d'oxygène a épuisé mon organisme habitué à filtrer, un taxi vient me chercher. Au téléphone, il a dit 10 minutes, en effet en 600 secondes presque très exactement (j'ai rêvassé vers 400 au moment du décompte), il est là. Ponctualité Suisse.. Je n'ai pas de francs Suisses, mais il m'annonce dans un grand sourire qu'il prend les euros. Ils sont gentils ces Suisses, ils sont arrangeants. Alors je monte dans sa belle Mercedes noire, elle est propre, elle brille, puis elle roule. Lentement. Le chauffeur du taxi entame la conversation underground.

Il commence ainsi, par me demander d'où je viens. Je réponds Paris, en baissant les yeux parce que je sais que c'est mal, partout dans le monde, sauf en Californie, où les filles se mettent à crier "oh my god!! Paris!! It's awesome, it's SOOOO romantic!!" Si elles savaient. Il me répond qu'il y est allé deux fois, et ajoute "Je ne comprends pas les gens qui roulent comme des fous, et encore moins ceux qui klaxonnent. Cela change quoi de klaxonner? La faute est déjà commise."

So Suisse. So logique. So lovely.

Là, j'ai envie de lui rouler une pelle (j'ai trop bu pour ne pas que le serveur se suicide)

Puis il continue, car comme tout bon taxi, il pose les questions mais n'écoute pas les réponses, seulement lui, prend garde de ne pas écouter avec précautions. Il est attentif dans sa surdité, elle est polie, c'est propre. Il ne laisse pas le blanc s'installer, personne ne rit donc jaune, et LA question tombe.

- Y a la crise en France?

Ah un taxi qui parle de la crise, le dépaysement me quitte, pour peu, je ferme les yeux et je suis sur les Maréchaux, alors je réponds.

- Oui, je crois qu'on commence à pas mal la ressentir, et vous?

- Ah... non.

Suisse.

On roule environ 3 km dans la campagne, c'est à dire 4 minutes (on roule lentement je l'ai déjà dit, mais c'est quand même très lent, suffisamment pour redonder de la sorte) et alors qu'il s'arrête devant mon hôtel, je lui demande combien je lui dois.

Il me répond très aimablement que ce sera 40 euros.

C'est aussi ça la Suisse. Le pays où le français est un pigeon qui se fait enfler avec le sourire. Mais joliment. C'est deux billets de 20, c'est bleu, c'est joli. Ponction propre..

Tu m'étonnes que c'est pas la crise chez eux.

Demain, retrouvez la helvète connexion super underground qui se passe dans une cave, avec juste une bougie, 3000 évadés fiscaux, moi, mon ovulation et 3000 tests de paternité, le tout financé par SwissBanking. Ce sera le gang bank spécial cotisation retraite. La mienne, de retraite.

Trackbacks

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Commentaires

Y a pas le feu au lac.

Écrit par : Mbux | mardi, 01 septembre 2009

Un bonbon Ricola pour le titre ;-)

Écrit par : imposture | mardi, 01 septembre 2009

Mbux, exactement!

imposture, c'est le seul truc qui n'est pas de moi! je transmettrai le bonbon

Écrit par : Perséphone | mardi, 01 septembre 2009

Donc, si j'ai bien tout compris parce que j'me suis sentie un peu mal dans les virages toussa... la marmotte qui met le chocolat dans le papier d'(h)alu c'est juste un mirage pour attirer les (très bientôt) pauvres touristes ? Enfer et évasion fiscale putréfiée !!!

Écrit par : FredMJG | mardi, 01 septembre 2009

Il est beau ce texte haut en couleurs :)

Écrit par : SIlphi | mardi, 01 septembre 2009

Ah, ben j'ai hâte de lire demain cause que moi aussi je préfère les love story à 50 millions d'euros que celles à deux balles... (ça me changera)
:-))))

Écrit par : Karine | mardi, 01 septembre 2009

le titre est du regretté Alain, hein.

Écrit par : Mbux | mardi, 01 septembre 2009

FredMJG, exactement! de toute façon, en règle générale, il convient de se méfier des marmottes.

silphi, merci monsieur (j'ai pensé à toi quand j'ai parlé des lombaires ;)

Karine, ah ça va être hardcore. Je pense.

Mbux, oui, et il m'a été soufflé par un complice.

Écrit par : Perséphone | mardi, 01 septembre 2009

@Mbux
Alain Reed ? Alain Morrison ? Alain Sterlin ? Alain Cale ? Alain Tucker ? Alain & Nico ?

Écrit par : Karine | mardi, 01 septembre 2009

@Karine Bashung, please....

Écrit par : Mbux | mardi, 01 septembre 2009

@Karine BASHUNG

Écrit par : Mbux | mardi, 01 septembre 2009

@ Mbux
Voui, voui, cher guili, guili, couscous de contrebande. J'en profitais juste pour rendre un hommage aux dieux du Velvet... (aussi)

Écrit par : Karine | mardi, 01 septembre 2009

Un bonbon Ricola pour le titre ;-)

Commentaire retape…

# p o u f #

Écrit par : imposture | mardi, 01 septembre 2009

Cela explique les possibilités du couteau suisse.

Écrit par : Axel Nader | mardi, 01 septembre 2009

T'as pris l'autoroute une fois? Parce que si tu la prends une fois tu payes la carte à l'année, y a pas de péage à l'unité : terrible pour les locaux, mais moins pour les autres...

Et puis les ouindus c'est la racine du terrorisme international!

Écrit par : Miles | mardi, 01 septembre 2009

La Suisse, à chaque fois que j'y vais (pour aller voir mon pote banquier), ça me fait penser à :

- Marguerite Duras,
- Les films de François Ozon,
- La ligne claire en b.d.
- Benabar,
- Ikea (je sais c'est pas suisse, mais bon),
- Les présentateurs de j.t.,
- Le Montana,
- Les églises romanes

C'est beau

C'est chiant

Écrit par : Bojemoï | mardi, 01 septembre 2009

Tu veux pas une banane sinon ? (ok c'est nul....juste en rapport avec ton titre quoi).

Écrit par : greg | mardi, 01 septembre 2009

Une fois de plus, je suis fan.

J'ai hâte de lire la suite !

Écrit par : Une blonde dans la ville | mercredi, 02 septembre 2009

ah... les suisses. Les suisses ne font pas caca. Ils font pipi de l'eau déja filtrée. T'as déja vu des chiottes de festival français après 24h? En suisse tu pourrais presque t'asseoir sur la cuvette. Les suisses ne font pas de mix pour se bourrer la gueule pendant les concerts, ils payent dignement 6€ (enfin, 10 francs suisse quoi) leur verre de whisky-coca sans whisky. Tu peux te faire engueuler parce que tu fais trop de bruit pendant un concert de rock. Les douaniers, les flics, les dealeurs, tout le monde est sympa.

Tu croises des "racailles", des vraies, qui viennent de la cité, avec des fringues qui coute pareil qu'un mois de ton loyer de riche étudiant français. Mais rien que pour les entendre dire "nique ta mère" avec l'accent suisse ça vaut le détour :')

Écrit par : marmotte | mardi, 29 septembre 2009

Première occurrence du "canard stroboscope" sur ce blog. Persistance rétinienne ou manque d'inspiration?
Coin coin coin.

Écrit par : coin coin | vendredi, 27 novembre 2009

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