samedi, 31 octobre 2009
Témoche va mourir.
Je regarde ce pigeon qui pionce sur le rebord de mon balcon. Cela fait trois semaines qu'il vient ici dormir une heure tous les matins. Je déteste les volatiles mais ce pigeon là, je l'aime bien, alors je lui ai donné un nom, il s'appelle Témoche. J'ai une certaine affection pour Témoche, déjà, parce que moche, il l'est. Physique chétif, plume rare, oeil terne, ce pigeon est sans panache, sans avenir, il n'essaie même plus de sauver les apparences, il survit jour après jour, et de 9 à 10, il vient sur mon balcon pour faire le point. Il a l'air malade, peut être se trimballe t il une teigne ou un truc dans le genre. Son cou est presque parfaitement dégarni ça lui donne une drôle de dégaine, comme si sa tête lévitait au dessus de son corps, il est comme décapité alors Halloween, c'est un peu son jour. Il ne doit pas être bien vieux, mais il ressemble à un vieillard. Il est voûté, un peu comme ces couples qui se jurent de s'aimer toute leur vie alors qu'ils n'ont pas 20 ans.
La première fois que je l'ai vu, je fumais une clope dans ma cuisine en fixant le dehors, je me disais que si j'habitais au 5ème étage, je sauterais par la fenêtre. Le vide m'attire terriblement, alors pour préserver ma vie je prends toujours soin de choisir des appartements pas trop éloignés du sol. Les défenestrations ratées étant ma phobie, en deçà d'un 5ème étage, je refuse d'envisager d'enjamber le garde fou. Garde fou. Témoche s'y pose, cale ses griffes affreuses entre les grilles et attend. La première fois que je l'ai vu donc, j'ai voulu le chasser, j'ai émis un son anti volatiles assorti d'un geste de la main, Témoche s'est retourné vers moi, m'a fixée, m'a dit avec ses yeux de déshérité mais tue-moi si tu le souhaites. Alors je lui ai foutu la paix. Une fois, deux autres pigeons sont venus squatter à ses côtés, pour baiser. Témoche leur servait de polochon, il était l'amortisseur de leurs ébats vulgaires. Passif, Témoche n'a plus aucune dignité, il s'en branle. Le tout dans un nuage de plumes et une cacophonie assourdissante. Témoche ne bronchait pas, il fixait le sol. Alors j'ai chassé ce couple qui osait agiter sous le nez de mon pigeon les plaisirs interdits aux ratés de son genre. Mais je soupçonne Témoche de ne pas avoir de libido. Il ne m'a même pas remerciée d'avoir préservé l'intimité de son bout de balcon.
À chaque fois qu'il repart, j'ai l'impression qu'il va aller se crasher sur le bitume, il commence par se laisser tomber, puis seulement au dernier moment, bat des ailes pour éviter le sol, je crois qu'il vole de plus en plus tard. Témoche est las, Témoche va mourir, il est de plus en plus malingre et dépressif, il attend de plus en plus longtemps pour éviter la collision. C'était trois mètres, puis deux, puis un. Plus qu'un.. Il teste ses émotions, son envie de vivre, sa capacité à passer à l'acte. Je ne peux pas sauver Témoche, il en a finit avec la vie depuis qu'il a brisé sa coquille et que les autres lui ont fait remarquer qu'il était moins bien qu'eux. En riant. Témoche me manquera.
10:55 Publié dans PSYCHO DE CON COUARD | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Commentaires
Envoie le donc chez moi : Mutant et Tchernobyl (le couple de hardeurs les plus grassouillets remplumés qui soit) s'occuperont de son cas vite fait :)
Écrit par : FredMJG | samedi, 31 octobre 2009
Écrit par : -sTraTe- | samedi, 31 octobre 2009
Écrit par : Axel Nader | samedi, 31 octobre 2009
Écrit par : Nekkonezumi | samedi, 31 octobre 2009
Écrit par : Pitou G | samedi, 31 octobre 2009
Merci témoche.
Écrit par : khamphis | samedi, 31 octobre 2009
Je contacte immédiatement la LPO.
Écrit par : zmzmzn | samedi, 31 octobre 2009
Écrit par : Monsieur Poireau | samedi, 31 octobre 2009
Témoche, c'est l'auteur du blog.
Écrit par : totor | dimanche, 01 novembre 2009
Écrit par : MdS | dimanche, 01 novembre 2009
Écrit par : Emma | lundi, 02 novembre 2009
Tu t'es penché sur son cas, tu louperais ta défenestration de cette fenêtre et lui n'y espère aucun envol majestueux...
Écrit par : NoRe | lundi, 02 novembre 2009
Écrit par : Axel Nader | lundi, 02 novembre 2009
Et le v'là au petit jour qui rentre chez lui, après s'être rendu minable, et qui s'accorde la ch'tite pause sur le garde corps.
Un peu comme les grues de Mongolie qui, sur le trajet de leur migration hivernale, se posent un cul sur une crête himalayenne avant se lancer à la conquête du toit du monde.
Faut être pouêt pour y croire, c'est sûr.
L'autre possibilité: le coup classique du prince charmant. Fallait oser le bisou (gasp).
Écrit par : tschok | vendredi, 06 novembre 2009
Écrit par : PK | dimanche, 27 juin 2010
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