jeudi, 04 février 2010
Just climb
Toujours à Tonsai bay, face à Ao Nang (à ne pas confondre avec une affreuse plage du même nom pleine de gens sur Koh Phi Phi) toujours à me dire que je vais rester ici forever, dans mon bungalow plein de bestioles perché au dessus des arbres, toujours à demander à Félicie "dis Bibiche, c'est suspect non, que l'araignée géante du coin de la terrasse ait disparu, hein?" et à l'écouter me répondre "non, c'est la mante religieuse lamantin qui l'a bouffée, au moment où la chauve-souris poney allait attaquer le lézard génisse".
J'en peux plus des bêtes géantes, mais ce n'est pas le propos, enfin... pas vraiment.
J'ai découvert ici une nouvelle catégorie d'humain, ce sont... comment dire ? Ils sont jeunes, beaux, extrêmement bien gaulés. Tellement bien foutus, d'ailleurs, que c'en est indécent, ils déambulent, ça et là, c'est... c'est...
C'est comme un surfer, sauf qu'ils surfent pas.
Vous voyez pas du tout ?
Je vous parle là des grimpeurs, des gars qui escaladent les parois. Y a aussi des femelles grimpeuses, mais elles, on les voit pas, bizarrement. On a le champ de vision sélectif.
Le grimpeur, dans l'attitude, c'est tout comme le surfer, sauf que ça se passe à la verticale.
Mmmm
Pardon. Je m'égare
Bref. Le grimpeur.
Nous sommes tombées sur un spot. Ici ce n'est que falaises et visiblement l'endroit est mondialement connu pour la grimpette , donc hormis Félicie et moi, il n'y a que du sportif.
Hier soir, saoule, Félicie a lancé, en fixant lubriquement un gars tellement bien foutu qu'on a longtemps pensé qu'il s'agissait d'un effet trop cool de l'ingestion de produit anti-moustiques à hautes doses; "nous aussi on va grimper."
Je crois pas qu'elle pensait à la falaise à cet instant précis.
Bref.
Le grimpeur... De même qu'il existe le faux surfer, qui passe la journée à fixer la mer, sa planche sous le bras à attendre la vague, il existe le faux grimpeur qui passe sa journée à inspecter les parois, depuis la plage, comme par hasard, à chaque endroit où il y a des meufs échouées sur le sable.
C'est un truc d'escalade ? Fifille vautrée = paroi cool ?
Je sais pas. J'accorde le bénéfice du doute.
Les grimpeurs, souvent ils vont pas deux, comme les témoins de Jéhovah, souvent ils sont anglophones, comme Elton John, et ils matent les meufs, pas comme Elton John, les murs, comme moi, et ils cherchent des prises, comme ma batterie de portable, et ça dure trois plombes, comme tous les trucs qui durent trois plombes, et ils repartent, parce que ça va pas.
On sait pas pourquoi, mais ça va pas. Ils ont même une ride du lion qui se forme sur leur visage bronzé et mal rasé au moment d'énoncer à haute voix cette constatation.
"P'tite bite !", qu'on crie intérieurement avec Félicie.
Parfois, il y en a un qui se retourne vers nous et qui nous demande si on a climbé that paroi. Au début, on couinait "hihi non, nous on branle rien". Maintenant, on prend un air profond, et on répond, "ouais, alors te fais pas avoir gamin, attaque par le versant gauche même si ça semble pas logique, tu verras, après, c'est une putain d'autoroute, on l'a faite en picolant des chang beer avant le petit déj".
On s'occupe quoi.
Parfois, y a un VRAI grimpeur qui passe, et là j'vais te dire, t'as à nouveau 15 ans. Le vrai, tu le reconnais au bling bling caractéristique des mousquestons par dizaines qui viennent s'entrechoquer sur ses cuisses puissantes. Il est torsu nu, il marche au ralenti devant le coucher du soleil, il a un côté cow boy-surfer-strip teaseur, il impose le respect, et il sent le sexe. Les fake grimpeurs détournent alors le regard et font semblant de se plonger dans la lecture d'une carte, les filles gloussent "han hihi", rentrent le ventre et gonflent la poitrine, les poissons font une haie d'honneur, les coquillages écrivent wahoo sur le sable blanc, tout s'arrête, le grimpeur passe, regard au lointain, démarche sportive, nonchalance du héros, il fait bling bling et toi, tu te dis que quand même, Tonsai Bay, c'est un bien bel endroit.
Mais alors attention, le grimpeur a beau être sexy, mystérieux, et trop courageux, n'y pense même pas. Parce que le grimpeur, en dehors de l'ascension, du K1, des prises 6B, du parcours seven hey pleusse (like the "kiou tène pleusse ?" ai-je tenté un soir, pour montrer que j'étais drôle et cultivée. J'ai fait un gros four) et de je ne sais quoi d'autre portant cordages & mousquetons, RIEN ne l'intéresse. Focus le mec. Entre eux, ils parlent prises, chemins, accès, accidents horribles, légendes urbaines de grimpeurs et programme du lendemain. Ici il y a une librairie qui ne vend que des romans ayant pour thème la montagne, c'est flippant. Et tous ces gens marchent la tête en l'air, à mater les gros cailloux, à penser à grimper. Grimper. Grimpette. Mais alors, uniquement des rochers, hein. Sont asexués les machins.
Alors avec Félicie, ça nous a agacé, cette indifférence, donc on a tout tenté pour... pénétrer leur univers afin qu'ils puissent nous rendre la pareille. Hum. On s'est déguisé en mousqueton, on s'est fait passer pour un piton rocheux, on s'est écrit K1 sur le cul, on a même regardé une falaise avec un air inspiré, comme si on allait s'y attaquer, sauf que non. Au désespoir, hier soir, on a même failli grimper à mains nues et sans cordage cette paroi de 40 mètres qui surplombe la plage, plage où nous nous livrons à nos véritables activités sportives; le plouf dans l'eau qui fait plein d'éclaboussures, et la nage de l'otarie blessée.
Sauf que depuis qu'à Koh Tao, un connard d'italien nous a dit "you aren't athletic", on l'a un peu mauvaise, avec Bibiche. Et que là, au milieu du village de grimpeurs, ces mecs qui boivent que de l'eau et qui se lèvent à 5 du mat' pour aller gravir des falaises qui n'auront même pas d'orgasme (le gâchis quoi), ben on se meurt un peu plus chaque jour. Donc, on pète légèrement les plombs. On a prévu, ce soir, de débarquer au village, vêtues d'une simple ceinture de mousquetons, et de crier "just climb !" (c'est le credo local) en escaladant les escaladeurs tout en leur conseillant de prendre la 6A++ en insistant bien sur la prise de la main gauche pour un maximum d'efficacité. Passage un peu risqué, certes, mais nous, on pense performance.
Tout va bien. Just climb.
04:52 Publié dans HEIN HEIN | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Commentaires
Sinon, vous faites comme au musée, c'est bien joli mais on peux pas toucher ! (quelle tristesse, quel gâchis, quel abnégation !)
Ecrit par : Bubblemarjotte | jeudi, 04 février 2010
Ecrit par : ellisfr | jeudi, 04 février 2010
Ecrit par : Damien | jeudi, 04 février 2010
Ecrit par : Yoplaid | jeudi, 04 février 2010
J'ai bien ri
merci
Encore encore !!!!!!
Ecrit par : louk' | jeudi, 04 février 2010
Mais bon, c'est vrai que lorsque tu vis une vie d'ascète, que tu rêves d'efforts, de dépassement et victoire sur toi-même (bref que tu as un ego fort développé), tu as tendance à juger les autres en 5 mn.
Résultat : des gonzesses qui fument, qui boivent de la bière et qui ont autant de muscles qu'un poumon droit, c'est pas intéressant.
Il faut simplement les choper un soir de dépression ("Man, i can't climb, too much pressure !"), en profiter un max (ne pas lésiner sur l'action, ils sont entraînés) et surtout, surtout, se barrer avant qu'ils ne culpabilisent (ben oui, il a perdu de l'influx) et ne deviennent désagréables (faut faire du sport !).
Et en plus, tu feras une bonne action, tu leur feras brûler des calories.
Courage !
Ecrit par : Bojemoï | jeudi, 04 février 2010
Ecrit par : boultan | jeudi, 04 février 2010
Ecrit par : dragrubis | jeudi, 04 février 2010
:-))
[Je ne suis pas sûr que la nage de l'otarie blessée soit suffisante pour séduire ces grands hommes sportifs. Je doute… :-)) ].
Ecrit par : Monsieur Poireau | jeudi, 04 février 2010
Les grimpeurs, il faut les aborder de manière frontale, comme une falaise : Vous débarquez au village seulement vêtues de chaussures de marque Nique en criant «Just do me !».
Note très drôle, merci. Ça fait plaisir de rigoler comme ça dès le réveil.
Ecrit par : Marc | jeudi, 04 février 2010
Ecrit par : petit louis | jeudi, 04 février 2010
Mais comme tu l'as dit, avec les grimpeurs c'est à la verticale que ça se passe.
Ecrit par : Yann | jeudi, 04 février 2010
Ecrit par : Thibaut Octave | jeudi, 04 février 2010
Ecrit par : Chris | jeudi, 04 février 2010
Ecrit par : Zadzig | vendredi, 05 février 2010
Ecrit par : dorvek | vendredi, 05 février 2010
Ecrit par : Shoubi | vendredi, 05 février 2010
Ecrit par : dorvek | vendredi, 05 février 2010
Un bon grimpeur a toujours besoin de massages pour se détendre, et la Thailande est un bon endroit pour y apprendre cet art. En plus, ça sert toujours ;)
Ecrit par : Valérie | vendredi, 05 février 2010
Merci pour ces billets sauce thai, de Paris ça nous fait comme un peu d'exotisme sans se bouger chez le traiteur.
Embrasse Félicie !
Ecrit par : Louloute | vendredi, 05 février 2010
Sympa la saucisse cocktail sur pattes à droite du blog... ;-)
Ecrit par : cpolitic | samedi, 06 février 2010
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