jeudi, 26 août 2010

Picrate

 

Je m'étais un peu éloignée du monde réel ces dernières années, aussi je ne communiquais plus, me contentais de faire acte de présence, de temps à autres, pour ne pas que mon comportement semble trop suspect et qu'on me lance au fond d'une camionnette blanche.

 

Ce que disaient les gens ne m'intéressait que s'il s'agissait de l'écho de ma propre pensée, pour autant je détestais qu'on parle de moi, je trouvais cela gênant, car il n'y avait rien d'intéressant à dire. Il n'y a toujours rien d'intéressant à dire. Reste à définir "intéressant", mais on a tous autre chose à foutre.

 

Culpabilité de ne pas être intelligente, de ne pas avoir fait les études brillantes que dix ans après je regrette. Non pour le métier auquel elles m'auraient menées parce que je pense que je serai tombée là où je suis quel que soit mon cv, mais pour le prestige, tu vois ? Là c'est médiocre. Parce que quand tu sors tard, tu ne peux pas te lever tôt. Je ne peux justifier cet échec autrement. Développer serait inutile.

 

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mercredi, 25 août 2010

Bobo neurone.

Je suis acculée.

 

Non, relis doucement.

 

Je suis au fond du trou noir de l'inspiration.

 

Non, relis doucement.

 

Je ne panique pas, car il faut bien raison garder, parfois c'est ainsi, l'inspiration s'en va, mais l'expérience m'a appris cela; elle revient toujours. L'inspiration, c'est la femme du boulanger et je ne me priverai pas de la traiter de garce lorsqu'enfin elle pointera à nouveau le bout de son nez, la queue entre mes jambes.

 

Non, relis doucement.

 

Ah non merde, faute de frappe.

 

Si j'avance mais que tu recules, sale trainée, tu m'accules, lui lancerai-je, en guise d'intro. ça pète.

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dimanche, 15 août 2010

Penser à ne pas penser.

Le passeport c'est comme l'amour, c'est lorsque tu arrêtes de le chercher que tu tombes dessus.

 

J'ai donc décidé de cesser de retourner tout mon appartement à la recherche de ce foutu document. Et de me faire violence afin de ne plus y penser.

 

Vous savez que c'est très dur de ne pas penser à un truc ? Les hommes savent faire, ils sont équipés d'une sorte de remise dans leur cerveau, réservée aux choses dont ils ne souhaitent plus s'encombrer. Pour les femelles, c'est tout de suite plus compliqué. Nous dans notre tête, ça se passe comme ça, y a un neurone (l'unique raisonnable) qui lance l'ordre:

 

- Elle ne doit SURTOUT pas penser à cela. Cessez immédiatement toute référence au passeport, bloquez la préoccupation numéro 048020100834. No speculations !

 

Et là, y a TOUS les autres neurones - enfin, les deux autres et demi - qui répondent:

 

- Oui chef. C'est noté. Alors nous n'allons plus penser qu'à ça. Jour ET nuit.

 

C'est crétin un cerveau féminin, ça ne fonctionne que dans la tourmente.

 

Bref, je déambule dans la rue, hyper concentrée - pour constamment penser à ne pas penser et ne jamais relâcher l'effort, sinon je repense de plus belle - lorsque se pointe ce type, qui marche vers moi et s'arrête à ma hauteur. L'air aimable, et séduisant peut-être, il m'adresse la parole.

 

- Bonjour, je suis l'amour de ta vie.

 

- Mais tire-toi, c'est mon passeport que je ne cherche pas !

 

Il fixe ses pieds quelques instants, s'apprête à reprendre la parole, me regarde dans les yeux, se renfrogne, renonce à s'exprimer, puis fait demi tour sur les talons avant de disparaitre dans la foule des bonnes femmes à poussettes qui gangrènent les trottoirs à l'heure du goûter.

 

Alors je rentre chez moi, je repense à cet homme, cette rencontre incongrue, je ne pense plus qu'à cela. Par réflexe je cherche un paquet de clopes dans mon sac - car on pense plus profond en tirant sur une blonde - et alors que je tâtonne entre les stylos, les tic tacs, les nicorettes et les allumettes, mes doigts tombent sur mon passeport.

vendredi, 23 juillet 2010

Mayonnaise.

Souvent, les phrases mille fois entendues dans notre enfance refont surface, comme un réflexe conditionné avec comme stimuli un mot mal employé, une attitude désapprouvée, une gestuelle, un sifflement, une conjonction de coordination dénaturée.

 

La répétition, y a pas à dire, y a que ça de vrai.

 

Aussi lorsqu'une personne me dit "j'amène mon ordi", dans un premier lieu je me mords les lèvres, puis sors d'une traite cette phrase naguère prononcée 14 692 fois par mon père:

 

- On n'AMÈNE pas un objet, on l'APPORTE. Parce qu'un objet n'a PAS de mains. J'amène quelqu'un, j'apporte quelque chose."

 

Mon interlocuteur me fixe alors étrangement, je me sens donc dans l'obligation de rajouter:

 

- Y a des mains sur ton MacBook ? HEIN ? ELLES SONT OÙ SES MAINS ?!!

 

Souvent la personne, excédée, me répond "dans ton cul", et je quitte la pièce en fulminant.

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dimanche, 18 juillet 2010

Un muse

Je tournais en rond dans cette petite pièce qui me sert désormais de bureau, avec l'envie d'écrire, mais l'inspiration en berne, je cherchais comment déclencher les phrases, ouvrir le robinet à idées, débloquer ce neurone capricieux qui a gardé ses habitudes d'enfants: pendant les grandes vacances il ne pense qu'à s'amuser.

 

J'ai tenté plein de choses ces derniers temps pour faire repartir la machine; les drogues, l'alcool, le sexe, me coucher à 22 heures, faire du sport (oui, FAIRE DU SPORT), me balader, m'assoir sur des bancs et donner à bouffer à des pigeons idiots, me nourrir exclusivement d'Omega 3, faire la fête, rester la tête en bas pendant 20 minutes, mais rien n'y fait, je crois que j'ai surtout besoin de vacances, ce qui tombe bien étant donné que je me barre vendredi prochain.

 

Mais quand même j'ai quelques choses importantes à achever avant de me laisser mourir au bord d'une piscine une coupe de champagne dans chaque main, aussi dois-je absolument TROUVER. Rapidement. Et puis l'idée m'a frappée alors que je fixais l'intérieur de mon frigo vide. Ce qu'il me faut, c'est une muse.

 

Mais oui, une muse, ou plutôt UN muse parce que je me vois mal m'encombrer d'une gonzesse laquelle ne m'inspirerait rien d'autre qu'un meurtre sanglant.

 

Alors voilà. Il me faut un muse. Celui dont l'allure provoquera chez moi l'inspiration, dont le sourire m'aidera à finir mes phrases et les soupirs m'encourageront à entamer des paragraphes, celui qui me donnera envie d'achever, sans renoncer.

 

A vrai dire, ce muse existe déjà mais il est trop rare, volatile, fuyant. Et le muse se doit d'être physiquement présent, sinon autant bosser devant Chatroulette.

 

Bien entendu je l'imagine plutôt sexy puisqu'il s'agit avant tout d'envie, et puis intelligent étant donné qu'il se doit de me tirer vers le haut. Et aussi... un brin agaçant, pour déclencher en moi la fièvre créatrice.

 

Ouais voilà, faut qu'il me mette la fièvre.

 

Et s'il pouvait également réparer la prise électrique du salon et la tringle de la chambre, ce serait top.

mercredi, 09 juin 2010

C'est pourtant clair !

Il est là, à côté de moi, hermétique à tout, lointain, froid. Polaire, même. La banquise il sait bien faire. La genèse de cet hiver en juin elle est un peu pour ma pomme, faut dire qu'hier j'ai amorcé les hostilités en lançant un "on doit parler" immédiatement suivi d'un "non, laisse tomber ça sert à rien", le tout scellé par "si, faut qu'on parle". Et là je vous fais grâce des étapes, transitions, et autres exorcismes.

 

Paye ta trilogie de l'angoisse hormonée. De l'hormone angoissée, plutôt.

 

Donc aujourd'hui, il se pointe, s'assoit, en silence, alors je lui dis "T'as l'air bizarre.." et là il me répond "tu voulais parler, je t'écoute".

 

Ah oui mais ça c'était hier. Depuis il s'est écoulé plein d'heures.

 

Je suis nulle en conversations. Il n'est guère mieux. Il me fait croire qu'il est mieux, mais en fait il est encore pire que moi, sauf qu'il est meilleur pour le dissimuler, en détournant la chose sur moi, par exemple.

 

Puis bon, lui il s'en fout, alors c'est pas vraiment pareil.

 

Tu comprends, moi je rumine ma crise de la trentaine donc je patauge au milieu de centaines de questions existentielles qui lui passent au dessus de la tête, t'as pas idée.

 

Donc bon… Communiquer avec un iceberg… Alors que j'ai même pas bu… Bof.

 

Bof bof, même.

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mardi, 08 juin 2010

Joie.

Je tourne en rond, je cherche je ne sais pas quoi. Je ne suis pas très LOL cette semaine, ça arrive, et j'ai la flemme de faire du faux lol. Puis quand on simule, ça se sent, rien qu'à la ponctuation. Je vais du salon à la cuisine, j'allume une clope, qui m'écoeure, je suis lasse de fumer, je trouve cela épouvantable et dégueulasse, alors je retourne derrière mon bureau, je m'assois. Pour fixer l'écran de l'ordinateur. Un document, ouvert, vide. Ou presque, j'y ai noté une phrase, sans verbe. C'est pas vraiment une phrase, alors.

 

Je me relève, je vais dans la salle de bain, j'ouvre ce qui fait office d'armoire à pharmacie, je regarde le nom des médicaments, il y a quelques raretés ici, c'est comme un musée, je cherche je ne sais pas quoi. Je referme l'armoire et retourne dans la cuisine. Coup d'oeil dans le frigo, rien ne me tente, j'en sors quand même un yaourt, que j'ouvre immédiatement, et qui restera là, entre le grille-pain et les plaques électriques jusqu'à ce que je le balance, quelques heures plus tard. Je retourne derrière mon bureau.

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dimanche, 30 mai 2010

Fragrance

Je n'aime pas les hôpitaux, c'est stupide de commencer ainsi, personne n'en raffole de ces endroits pourtant indémodables. L'odeur, les couleurs, les matières, l'écho des messes basses, les tubes, les robinets.

 

L'odeur nous la connaissons tous, et si nous avons la chance de l'avoir oubliée, entre deux visites, elle nous agresse de plus belle dès la porte repassée, s'empare de notre cerveau, s'y installe, elle plante le décor. On pourrait faire un spot avec cette odeur, comme pour les parfums de luxe, avec ces filles de 16 ans qui se roulent dans des draps de soie et fixent la caméra avec un regard de hardeuse sous hypnotiques. Les mannequins ont cet avantage pour cette publicité; grâce à la sous alimentation, elles semblent déjà mal en point, si tu leur supprimes le blush tu leur offres la morphine sans confession. Les yeux un peu cernés la fille dirait avec ses grosses lèvres brillantes qui n'ont encore jamais dit "je t'aime" pour de vrai, mais qui ont probablement déjà sucé quelques queues: "hôpital... la fragrance", dans un écho sensuel.

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jeudi, 27 mai 2010

Rions un peu avec la surdose.

La nuit dernière j'ai fait des découvertes fantasmagoriques grâce à l'industrie pharmaceutique et aux aléas de la prise de somnifères. Laissez-moi vous narrer mes souvenirs partiels.

 

Hier, j'ai décidé assez tôt que ce mercredi avait assez duré et ai donc souhaité en finir avec cette journée.

 

Parce que ouais, dans ma tête c'est calibré ainsi: demain, c'est un autre jour, donc ce sera mieux.

 

C'est de la connerie, là on est jeudi et c'est tout aussi moisi mais enfin bon, ça, au moment des faits j'en avais pas la moindre idée.

 

Pour achever un jour et se rendre rapidement au lendemain sans douleur, quoi de mieux que le sommeil ?

 

Ouais mais quand t'as pas envie de dormir ?

 

Ben tu fais appel à Sanofi-Aventis. Et au dénommé Stilnox.

 

Attention, premier avertissement pour les débiles:

 

Le Stilnox est un médicament MÉCHANT qui se prend sur ORDONNANCE et dont il faut respecter la POSOLOGIE si tu veux pas te retrouver avec le lobe pariétal dans le RECTUM.

 

Fin de l'avertissement.

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samedi, 08 mai 2010

Bar, boire, se taire.

C'est un bel endroit que j'apprécie car je m'y sens libre, je n'y étais pas retourné depuis la mort de l'autre. J'avais peur de constater qu'il n'y était plus, il vivait soudé à ce lieu, presque autant qu'à l'arme du crime, cette vodka assassine. Le meurtre était consenti.

 

Alors lorsque hier, cet Autrui me propose que nous nous y retrouvions, pour faire le point sur notre dernier trimestre, réglés comme des horloges, je commence par refuser, c'est un réflexe. Les lieux propices aux confidences sont nombreux dans Paris, pas tant que je le souhaiterais hélas, mais il existe suffisamment de bars d'hôtel pour s'offrir le luxe d'éviter les quelques-uns qui nous incommodent. Il insiste d'un silence judicieusement chronométré, alors je cède. L'absence de mots m'indispose, je ne peux m'empêcher de rompre ces pauses, il le sait. Dans le cas présent, un oui était plus simple qu'un non, l'explication s'arrête là.

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